FILEP 2011

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Communication présentée par Dr Abdou Latif Coulibaly

 

 

 

Festival international de la Liberté de presse

 

Troisième édition, tenue Ouagadougou du 3 au 7 novembre 2009.
 

 

Thème : De Windhoek 1991 à Ouagadougou 2009 : Bilan et Perspectives de la Liberté de presse.

 

Communication présentée par Dr Abdou Latif Coulibaly,

Directeur de Publication de l’hebdomadaire sénégalais, La Gazette, Directeur de l’Institut Supérieur des Sciences de l’Information et de la Communication (Issic), Dakar, Sénégal.
Table ronde du jeudi 5 novembre

10 heures-30-12 heures-30.

 

Thème : état de la liberté d’expression de presse en Afrique

Prof Luc Ibriga (Enseignant en droit à Ouagadougou, Université nationale,

Dr Abdou Latif Coulibaly, journaliste directeur de l’Issic,

Ndey Tapha Sossey, journalist, Gambian Press Union

 

Introduction.

Il n’ ya pas  eu en Afrique, au cours de ces vingt dernières années,  un thème de réflexion qui aura, comme l’a fait la problématique de la Liberté d’expression, mobilisé autant d’énergies, pris autant de temps aux professionnels des idées et de la pensée et aux spécialistes, mais aussi provoqué autant de rencontres, pour débattre, en vue de proposer des solutions susceptibles d’aider à donner à cette liberté fondamentale, plus de prise sur la réalité de notre continent. Cela n est pas étonnant. Les peuples du continent à l’instar de tous les peuples du monde aspirent à la liberté et expriment un besoin irrépressible de penser et d’exprimer leurs idées. Pourtant,  en dépit de tous les efforts énormes et réels qui ont été consentis pour assurer une meilleure promotion de la liberté d’expression sur le contient, tous les spécialistes de la question s’accordent sur un certain  nombre de choses qui sont identifiées comme étant des obstacles encore vivaces qui se dressent contre l’expression en Afrique. Pour conduire la réflexion autour du sujet, nous proposons une démarche pratique qui distingue deux parties correspondant chacune à une composante  de la question : la problématique globale de la Liberté d’expression et la composante spécifique de la liberté de presse.

 

 I. La liberté d’expression en général.

1.1. Entre la consécration  d’un droit et la réalité du terrain.

Il ya souvent un fossé entre la consécration d’un droit et sa matérialisation sur le terrain. Le sens d’un droit c’est sa matérialité sur le terrain, celle-ci dépasse largement la définition formelles des termes de ce droit et interroge ce qui est réellement fait pour rendre ce droit opposable à tous et en tout. Telle que posée, la question renvoi à deux choses : qu’est ce qui est réellement fait pour matérialiser le droit de chaque citoyen de s’exprimer librement sans entraves artificielles ou légales ou de tout autre ordre.

2.2. Quelles sont les entraves à la liberté d’expression en Afrique.

Plus de cinquante ans après l’accession des Etats africains à l’indépendance et l’adoption formelle des normes fondamentales qui ont établi les bases des Etats nouvellement indépendants et consacré solennellement le droit fondamental des peuples de s’exprimer librement, sans entraves artificielles, des mécanismes de protection de la liberté de presse et d'expression, tant  dans le droit positif interne des Etats, que dans les instruments juridiques régionaux et sous-régionaux qui ont été adoptés, n’existent pratiquement pas. La Charte africaine des doits de l’homme et des Peuples n’a pas encore proposé aux peuples un système qui assure à la fois l’existence de tels mécanismes et l’indépendance de ceux-ci pour une veille efficace sur les droits de l’Homme. C’est récemment que l’Union Africaine a adopté un mécanisme timide et a donné mandat à cet effet au  Rapporteur Spécial sur la liberté d’expression en Afrique; la Commission Africaine des droits de l’Homme et des Peuples  et la Cour Africaine des Droits de l'Homme. Les Etats qui ont encore du mal  à élaborer et à conduire pour le bonheur des populations un projet démocratique national prenant en compte de façon effective la problématique des Droits de l’Homme.

2.2. Les insuffisance des législations.

Il est tout à fait paradoxal, de constater que les mouvements politiques qui ont consacré les transitions démocratiques et favorisé, dans de rares pays du continent, l’avènement d’un temps démocratique prometteur, n’ont pas amené les Etats, tous membres  de l’Union, Africaine, signataires, par conséquent,  de la fameuse Charte des droits de l’homme et des Peuples, à encourager et à initier le processus de réforme et d’harmonisation de leurs législations qui entravent la liberté de la presse, le pluralisme de l’information et des médias en Afrique. Ces Etats ont rarement pris en compte la liberté d’expression et la liberté de la presse comme l’un des critères principaux du mécanisme d’évaluation des progrès démocratiques réalisés par un Etats. Paradoxe suprême. Le mécanisme d’évaluation par les pairs du NEPAD ignore fondamentalement cette problématique. En clair, cela veut dire que le comité des pairs africains peuvent être amenés à évaluer, selon les mécanismes prévus par le NEPAD, à évaluer la politique d’ensemble d’un chef d’Etat et lui  adresser un satisfecit global, lors même ses pratiques observées en matière de liberté d’expression seraient désastreuses. La  liberté d’expression renvoie dans la pratique à des données concrètes : l’édition de livres, de documents divers, leur mise en circulation, la mise en place d’instruments de diffusion d’ondes radioélectriques par voie radiophonique ou télévisuelle, l’impression et la diffusion de journaux et de tout autre support écrit qui assure la publication d’idées et de pensées. C’est donc dire que la liberté d’expression pose dans essence même l’existence d’un marché et la commercialisation de produits culturels. Or, depuis que les Etats africains existent  en tant qu’entités de droit international, ils ont oublié de travailler à la mise en place et à la promotion d’un environnement économique, politique et social favorable au développement et à la viabilité économique des médias en Afrique. Ce point précis nous permet d’introduire la partie spécifique de notre communication consacrée à la problématique de la liberté de presse en particulier.

II. La liberté de presse en particulier.

2.1. Les termes du problème posé.

Il s’agit là de faire un bilan, en examinant la marche de l’histoire des médias en Afrique, depuis la conférence de 1991, et  en mettant à la lumière du jour  les progrès réalisés et les échecs enregistrés sur le continent, en matière de pratique de la liberté de presse. Pour mieux comprendre la problématique ainsi posée, il suffit d’évaluer à cet effet  la conduite des différents projets démocratiques en cours dans nos différents pays. Ma conviction est forte à cet égard : la liberté de presse est une composante essentielle de la démocratie, elle en est à la fois le symbole marquant et le  barométre le plus fiable pour établir la nature et la consistance d’une démocratie. Sous ce rapport, il suffit de relever les terribles reculs notés dans la construction des systèmes démocratiques sur notre continent, depuis le printemps des transitions démocratiques, ayant eu cours un peu partout sur l’ensemble du continent africain, pour constater que  le bilan  est assez peu reluisant. On ne peut pas faire dans un nihilisme absurde,  pour dire que rien n’a avancé. On ne peut  non plus se montrer naïfs  et complaisants,  en tenant compte  des réalités qui nous entourent, pour prétendre que les résultats ont été à la hauteur des immenses espoirs et des  rêves nourris à l’aube des années 90.  L’euphorie de Windhoek a vite fait de céder le pas à la désillusion. Les perspectives qui s’offrent à nous, au début de cette première décennie de ce nouveau millénaire, s’apprécieront naturellement à la lumière de la conduite des différents projets démocratiques initiés ici et là, sur un continent dont les dirigeants se révèlent chaque jour plus retords et plus réfractaires à l’avènement d’un authentique Etat de droit,  privilégiant les institutions sur les hommes. Les perspectives qui se présentent en matière de liberté de presse sur notre continent sont celles que nous dessinent les différentes évolutions politiques et démocratiques marquant l’Afrique.

2.2. Quel modèle économique pour le développement des médias.

  Le thème ainsi débattu est certes passionnant, du point de vue du débat théorique. Il est aussi pertinent du point de vue de l’actualité du sujet débattu. Il renferme cependant un piège méthodologique difficilement évitable : comment éviter de conduire un débat de plus, une discussion ressassant des lieux communs et prolongeant les sempiternelles lamentations des professionnels, s’apitoyant sur le manque de moyens et sur  l’absence de conditions de travail acceptable pour les médias. Les débats qui seront  engagés  gagneraient  alors à réfléchir sur les conditions de l’avènement,  partout dans nos pays,  d’un cadre normatif cohérent et  d’un modèle économique viable, ayant comme finalité la construction d’un système médiatique digne des ambitions, des désirs de liberté et des aspirations démocratiques  des peuples du continent. L’Afrique, dans la presque totalité de ses régions : Centre, Nord Sud, Ouest et Est, a réussi dans une large mesure le pari de produire des journaux, de mettre en place des stations radiophoniques et dans de rares cas des stations de télévision. Cela est incontestable. On a même pu parlé du printemps de la presse, en faisant allusion à la formidable période qui a coïncidé au milieu des années 80 et à la fin de la décennie 90, Le continent a-t-il pour autant réussi le formidable challenge de substituer aux organes de presse qui existent dans un environnement économique totalement hostile des entreprises viables et dont laz durée est conséquent inscrite dans le long terme. La réponse est bien évidemment. On doit cependant distinguer deux situations : la quasi-totalité des pays n’ont pas réussi cette mutation qualitative. On peut même dire que la c’est le cas  dans la quasi-totalité des cas, à rares exceptions, les systèmes médiatiques existante évoluent dans un cadre économique n’ayant rien à envier à ceux encours dans les pays développés qui nous servent souvent de référence en matière d’évaluation de la Liberté d’expression et de la liberté des médias. On pense, ici, à l’Afrique du Sud, au Nigeria au Kenya, à l’Egypte, à l’Algérie au Maroc et à la Tunisie, dans une moindre mesure au Ghana et d’autres pays qui vivent dans un système intermédiaire. Les pays de l’Afrique anglophone sont de ce point de vue sont souvent mieux lotis que la  partie lusophone pu francophone. En tout état de cause, quelle que soit la zone considérée, les systèmes de presse restent toujours largement tributaires de la situation globale des économies des pays. Or, sous ce rapport, force est d’admettre, l’Afrique est encore globalement engluée dans le sous-développement et dans un processus d’accroissement de la pauvreté à tous ls échelons de la vie sociale. Par ailleurs, la qualité des médias, leur impact dans le cours de la vie, comme leur influence réelle dans le jeu politique, est fonction de la qualité du projet démocratique. Pour mieux saisir le sens de cette assertion, il suffit d’évaluer à cet effet  la conduite des différents projets démocratiques en cours dans nos différents pays. Ma conviction est forte à cet égard : la liberté de presse est une composante essentielle de la démocratie, elle en est à la fois le symbole marquant et le  barométre le plus fiable pour établir la nature et la consistance d’une démocratie. Sous ce rapport, il suffit de relever les terribles reculs notés dans la construction des systèmes démocratiques sur notre continent, depuis le printemps des transitions démocratiques, ayant eu cours un peu partout sur l’ensemble du continent africain, pour constater que  le bilan  est assez peu reluisant. On ne peut pas faire dans un nihilisme absurde,  pour dire que rien n’a avancé. On ne peut  non plus se montrer naïfs  et complaisants,  en tenant compte  des réalités qui nous entourent, pour prétendre que les résultats ont été à la hauteur des immenses espoirs et des  rêves nourris à l’aube des années 90.  L’euphorie de Windhoek a vite fait de céder le pas à la désillusion. Les perspectives qui s’offrent à nous, au début de cette première décennie de ce nouveau millénaire, s’apprécieront naturellement à la lumière de la conduite des différents projets démocratiques initiés ici et là, sur un continent dont les dirigeants se révèlent chaque jour plus retords et plus réfractaires à l’avènement d’un authentique Etat de droit,  privilégiant les institutions sur les hommes. Les perspectives qui se présentent en matière de liberté de presse sur notre continent sont celles que nous dessinent les différentes évolutions politiques et démocratiques marquant l’Afrique.

 



02/11/2011
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